Vers la station de récupération des ressources de l’eau : quels métaux récupérer et quelles performances attendre du procédé de sorption–extraction par élution ?
Inrae

Connues pour leur composition en matière organique, azote et phosphore, les eaux usées domestiques contiennent une quarantaine d’espèces métalliques [YOSHIDA et al., 2015] provenant d’échanges avec les canalisations, toitures, surfaces de ruissellement recevant des dépôts atmosphériques, ainsi que de rejets de produits commerciaux phytosanitaires, industriels ou alimentaires [SORME et LAGERKVIST, 2002 ; RULE et al., 2006]. Les stations d’épuration domestiques ne disposent actuellement pas d’étape dédiée à l’élimination des métaux. Cependant, l’affinité de nombreux métaux avec les matières en suspension et la matière organique dissoute (ex. fer, aluminium, mercure, cuivre) induit leur piégeage dans les boues, et donc leur élimination de la phase aqueuse [OLIVER et COSGROVE 1974 ; NIEBOER et RICHARDSON, 1980 ; KARVELAS et al., 2003]. D’autres espèces métalliques (ex. lithium, bore, rubidium, calcium, magnésium, sodium), peu liées aux matières en suspension, sont présentes sous forme de sels très solubles, traversant les stations d’épuration sans être impactées. Elles contribuent pour certaines à l’impact des rejets urbains sur le milieu naturel [BUZIER et al., 2006 ; YOSHIDA et al., 2015]. Malgré une certaine affinité avec la matière organique, d’autres éléments (ex. nickel, manganèse, antimoine), sont retrouvés à plus de 50 % dans les rejets de stations d’épuration [YOSHIDA et al., 2015]. En somme, plus de 90 % du flux de métaux entrant dans une station d’épuration est retrouvé dans les eaux traitées : des éléments majeurs, de concentration > 1 mg/L (Na, K, Mg, Ca, Si, P), des éléments mineurs, de concentrations comprises entre 1 mg/L et 1 μg/L (Li, Rb, Sr, Ba, Al, B, Sb, Ti, Mn, Fe, Ni, Cu, Zn, Mo), et ceux à l’état de traces, de concentration < 1 μg/L (Cs, Be, Ga, Sn, Pb, Bi, Ge, As, V, Cr, Co, Zr, Nb, Rh, Pd, Ag, Cd, Hf, W, Pt, Hg) [VRIENS et al., 2017]. Dans cette étude, nous avons inclus le phosphore qui n’est pas stricto sensu un métal (au même titre que l’arsenic et le bore) du fait de son importance réglementaire actuelle (nouvelle Directive Eaux Résiduaires) et de l’enjeu en termes de bioéconomie.

Dernier lieu de collecte possible avant dissémination vers l’océan, la station d’épuration pourrait récupérer certaines espèces métalliques, jouant localement un rôle de mine urbaine comme l’a documenté l’étude d’opportunité menée en 2021 [VARENNES et al., 2021]. Cette circularité, attendue de la station de demain – station de récupération des ressources de l’eau ou StaRRE –, est une alternative aux extractions de matière minérale dans le sous-sol. Cette stratégie de gestion pourrait répondre aux enjeux d’atténuation des dépassements de limites planétaires induits par l’accrois – sement annuel de la demande en métaux (+5 % à +18 %) dans le contexte de transition énergétique [VIDAL et al., 2013].

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