Évaluation de l’alcalinité des eaux souterraines à Antananarivo, Madagascar : application de la méthode de Gran
En géochimie, l’analyse de l’alcalinité permet de retracer l’origine des masses d’eau, d’étudier leur évolution chimique et d’évaluer leurs interactions avec le substrat rocheux et l’atmosphère. La présente étude a pour objectif d’appliquer la méthode de Gran pour mesurer l’alcalinité des eaux souterraines d’un bassin versant d’Antananarivo, d’identifier sa corrélation avec des paramètres mesurés in situ, d’explorer la variabilité spatiale de ce paramètre et d’identifier les processus hydrochimiques à l’origine des fluctuations de l’alcalinité. Le pH, la conductivité électrique (CE), la teneur en sels dissous (TDS), la teneur en oxygène dissous (OD), le potentiel d’oxydo-réduction (ORP) et la turbidité ont été mesurés sur site, tandis que l’alcalinité a été déterminée en laboratoire par la méthode de Gran. L’analyse en composantes principales (ACP) et l’outil Inverse Distance Weight (IDW) sur QGIS ont été utilisés pour étudier la corrélation entre les paramètres et la répartition spatiale de l’alcalinité des eaux souterraines. Les eaux souterraines du bassin versant étudié sont principalement acides, riches en minéraux, turbides et présentent des conditions oxiques propices à la dégradation des contaminants par les bactéries aérobies. La plupart des eaux souterraines présentent une faible alcalinité ( [HCO3 –] < 120 mg/L). Cependant, des valeurs élevées d’alcalinité ont été observées dans les eaux situées sous le sol hydromorphe. Une corrélation significative (coefficient de Pearson : 0,74) entre l’alcalinité et la turbidité suggère une contribution des silicates à la formation des carbonates. Une corrélation plus modérée (coefficient de Pearson : 0,48) entre l’alcalinité et la salinité indique que d’autres sels sont à l’origine de la composition saline des eaux souterraines.
In geochemistry, analyzing alkalinity allows for tracing the origin of water bodies, examining their chemical evolution, and assessing their interactions with the rock substrate and the atmosphere. This study aims to apply the Gran method to measure the alkalinity of groundwater in a watershed in Antananarivo, identify its corrélation with in situ measured parameters, investigate the spatial variability of this parameter, and identify the hydrochemical processes driving the fluctuations in alkalinity. On-site measurements were taken for pH, electrical conductivity (EC), total dissolved solids (TDS), dissolved oxygen (DO), oxidationreduction potential (ORP), and turbidity, while alkalinity was assessed in the laboratory by Gran method. Principal component analysis (PCA) and the Inverse Distance Weight (IDW) tool in QGIS were employed to examine the correlations between the parameters and the spatial distribution of groundwater alkalinity. The groundwater in the watershed is primarily acidic, rich in minerals, turbid, and exhibits oxic conditions that favor the degradation of contaminants by aerobic bacteria. The majority of the groundwater samples show low alkalinity ( [HCO3 –] < 120 mg/L). However, higher alkalinity values were recorded in waters found beneath hydromorphic soils. A strong corrélation (Pearson coefficient: 0.74) between alkalinity and turbidity suggests that silicates contribute to the formation of carbonates. A moderate corrélation (Pearson coefficient: 0.48) between alkalinity and salinity suggests that other salts contribute to the groundwater’s saline composition.
Les eaux souterraines représentent près de 99 % des réserves mondiales d’eau douce sous forme liquide [SHIKLOMANOV et RODDA, 2003]. Le sous-sol africain en recèle d’importantes réserves dont le volume total serait cent fois supérieur aux ressources en eau douce renouvelables chaque année [UNESCO, 2022]. À Madagascar, les ressources en eau douce présentent une grande variabilité spatiale en fonction des régions. Les ressources en eau disponibles correspondent à la part des précipitations effectivement mobilisable, après soustraction des pertes dues à l’évapotranspiration, à l’infiltration des sols et au ruissellement de surface. Le secteur agricole, dominé par la riziculture, constitue le principal utilisateur de ces ressources, avec une consommation moyenne estimée à 12 000 m³ par hectare cultivé. La demande en eau potable de la population malgache s’élève à environ 210 Mm³ par an, dont 80 % sont prélevés dans les eaux de surface (soit 161 Mm³/an) et 20 % dans les eaux souterraines (soit 42 Mm³/an). Néanmoins, les pertes dans les réseaux de distribution demeurent importantes, atteignant près de 55 Mm³ par an. Par ailleurs, la production hydro – électrique mobilise un volume annuel estimé à 5,5 km³ d’eau, tandis que les besoins du secteur industriel sont évalués à environ 946 hm³ par an [ROBERT et al., 2016]. Dans les zones basses des vallées urbaines d’Antananarivo, encore appelées bas-fonds, elles constituent une ressource essentielle pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation.
Les propriétés physiques et chimiques des eaux souterraines sont influencées par divers facteurs, notamment la composition chimique et minéralogique des formations traversées, la structure géologique, les conditions d’écoulement ainsi que les paramètres physico-chimiques locaux. Toute contamination externe peut altérer ces caractéristiques naturelles.
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