Les produits préfabriqués utilisés dans les ouvrages de traitement primaire en assainissement non collectif sont-ils actuellement aptes à l’usage ?
Les différents retours de terrain montrent que les fosses septiques utilisées en assainissement autonome présentent d’une manière trop récurrente des dégradations sévères affectant la stabilité de l’ouvrage, aussi bien pour les réservoirs que pour les tampons des accès. De plus, on observe une biodégradation importante du béton, une dégradation du polyéthylène (déformation et fissuration) et des difficultés d’accès pour les opérations d’exploitation et de contrôle. L’analyse scientifique des référentiels normatifs indique que ces derniers ne prennent pas suffisamment en compte les effets des phénomènes physiques mis en jeu dans la stabilité et la durabilité des ouvrages. Dans cet article, il est proposé les critères minimums pour assurer l’aptitude à l’usage.
Several feedback on onsite installations indicates that septic tanks used in on-site wastewater treatment plants were made. They show repeatedly, on the one hand, severe degradations compromising the structural stability of the unit (concrete corosion, deformation of plastic tanks, deterioration of covers) and, on the other hand, operational and inspection difficulties (insufficient access). The scientific analysis of standards applicable on these products shows that these standards are not sufficiently robust to consistently deliver construction products (manufactured septic tank) fit for purpose. This article proposes the minimum criteria required to ensure that fitness for use.

Introduction
Un ouvrage d’assainissement non collectif, pour être fonctionnel, est composé d’un réseau de collecte de l’ensemble des eaux usées provenant de l’habitation, d’un dispositif de traitement primaire anaérobie, d’un dispositif de traitement aérobie des effluents sortant du traitement primaire et d’un réseau d’évacuation des eaux traitées vers le milieu naturel. Les techniques traditionnelles utilisent, après le traitement primaire, un système filtrant utilisant le sol en place ou un massif de sable. Dans cet article, pour le traitement primaire on utilisera le terme : – « fosse septique » (FS) pour l’ouvrage construit, qu’il reçoive les seules eaux-vannes ou l’ensemble des eaux usées pouvant être constitué d’une fosse septique préfabriquée ou construite in situ ; – « fosse septique préfabriquée » définie dans la norme EN 12566-1 [AFNOR, 2004] en tant que produit de construction mis sur le marché.
Rappelons que la FS doit pouvoir assurer le traitement primaire des eaux usées (décantation et fermentation anaérobie) et le stockage des boues. Pour un bon entretien, il est indispensable de pouvoir effectuer de manière aisée le contrôle du niveau de boues, la vidange des boues et flottants ainsi que l’entretien et la réparation des accessoires internes (ex. : té plongeant, préfiltre…). Cet article a pour objet de faire un point sur la qualité des FS. Il comporte les parties suivantes : – retours de terrains sur la qualité des fosses préfabriquées et de leurs accessoires ; – rappels sur les principes constructifs, la phénoménologie et l’état de la codification technico-normative ; – proposition de critères de choix des produits aptes à l’usage dans la construction des FS ; – conclusion. Cet article traitera de la biodégradation des bétons, qui est appelée par abus de langage « corrosion » dans le monde de l’ANC (assainissement non collectif). En effet la corrosion est un mécanisme de dégradation chimique d’un matériau, généralement un métal, alors que les mécanismes mis en jeu en assainissement non collectif font appel à des procédés biologiques comme ce sera développé.
1. Retours de terrain sur la qualité des fosses et accessoires
Le bilan des retours de terrain est réalisé par une présentation chronologique de différentes études.
1.1. Étude du CSTB sur la dégradation des fosses septiques – 1991-1993
Une première étude [DÉRANGÈRE et al., 1991] a été réalisée par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) pour étudier, sur 62 installations d’âge compris entre 3 et 7 ans, la biodétérioration des bétons. La figure 1, donne une synthèse de cette étude en présentant les dégradations observées sur les FS, les préfiltres et les regards d’épandages placés à l’aval de la FS selon quatre niveaux de sinistres :
- état 0 : bon état, laitance apparente : pas de dégradation ;
- état 1 : agression légère, apparition à la surface du béton, localement ou de manière uniforme, d’une pellicule blanchâtre ;
- état 2 : agression forte : effritement du béton en surface – apparition des granulats ;
- état 3 : dégradation poussée : granulats déchaussés (moins de 15 mm) ;
- état 4 : dégradation sévère : granulats déchaussés – destruction du béton pouvant aller jusqu’à l’apparition de l’armature et/ou effondrement de la partie touchée.
Cette étude montre une dégradation des parties supérieures des FS (parties hors d’eau), des préfiltres et des regards de distribution d’épandage. Plus de 20 % des FS, plus de 60 % des préfiltres et plus de 10 % des regards ont une dégradation sévère (stades E3 et E4) alors que les installations ont une durée de vie très courte de 3 à 7 ans). De plus, les FS réalisées in situ lorsqu’elles sont convenablement compactées et en épaisseur suffisante, résistent mieux à la dégradation que les bétons préfabriqués. La ventilation des FS n’est pas suffisante pour assurer une protection des ouvrages.
Note : Ces informations n’ont pas été prises en compte dans la norme « produit » NF EN 12566-1 relative aux fosses préfabriquées, toujours en vigueur depuis sa première publication en 2004. Comme on le verra, plus loin, cette norme n’indique pas de caractéristiques quantifiées liées à la durabilité des matériaux.
1.2. Étude du Satese 37 sur le vieillissement des techniques traditionnelles – Constats de terrain – 2015
En plus de 25 ans, le Satese 37 qui assure le SPANC (Service public d’assainissement non collectif) sur 213 communes d’Indre-et-Loire, a réalisé 55 000 contrôles dont 18 000 vérifications de travaux [DOUILLARD et al., 2015]. Plus de la moitié de son parc de 33 000 instal – lations d’ANC a fait l’objet de travaux neufs ou de réhabilitations. Les contrôles de fonctionnement et les diagnostics lors des ventes (17 000 visites) sont l’occasion d’appréhender sur la durée le vieillissement de ces installations. Une étude portant sur 2 966 installations traditionnelles a permis de comparer le taux de nonconformité en fonction de l’âge de l’installation, en distinguant celles qui avaient fait l’objet d’un contrôle de bonne exécution (458 installations).
Concernant les FS en béton, cette étude montre une altération du matériau avec des degrés divers, et ce même avec une ventilation d’extraction dans les règles de l’art puisque l’analyse du vieillissement de ces FS a été réalisée sur les installations ayant fait l’objet d’un avis conforme lors des travaux. Rappelons que la non-conformité du SPANC lors d’un contrôle de fonctionnement porte sur un défaut de structure ou de fermeture des parties de l’installation pouvant présenter un danger pour la sécurité des personnes, c’est-à-dire un risque de chute dans l’ouvrage comme un couvercle au bord de la rupture en marchant dessus. Sur les 458 installations conformes lors des travaux, 47 sont non conformes lors du contrôle de fonctionnement dont 11 (23 %) présentent une biodétérioration avancée et des fissurations des couvercles avec chute possible dans l’ouvrage.
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