Présence et traitement des PFAS sur le bassin rennais
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) font partie des substances chimiques les plus étudiées ces dernières années en raison de leur présence partout sur le globe et de leur très grande stabilité dans l’environnement. Cette prise de conscience sur l’ubiquité et la dangerosité de ces polluants éternels s’est traduite par l’ajout à l’échelle européenne d’une limite de qualité dans l’eau potable fixée à 100 ng/L pour la somme de 20 PFAS. Une première étude a été réalisée en 2023 sur les ressources en eau et la principale usine de production d’eau potable du bassin rennais pour étudier la présence de ces nouveaux contaminants. Les résultats ont montré une très faible contamination des ressources en eau excepté un étang de secours. Une seconde étude menée en 2024 a confirmé la présence importante et problématique des PFAS, ainsi que dans la nappe souterraine, d’autres étangs, des rivières et des bassins d’eau pluviale. Les principaux PFAS retrouvés parmi la liste des 20 sont les molécules à chaîne courte et hydrophile, ce qui augmente leur mobilité dans l’environnement. Ce sont également des sous-produits de dégradation d’autres PFAS plus grands. L’origine des PFAS est attribuée à la présence d’anciennes décharges contenant des déchets de l’industrie automobile et des villes proches, mais également à la proximité avec l’aéroport et des casernes militaires. Une usine d’eau potable située à proximité de l’étang et alimentée par trois forages est également impactée par la présence des PFAS. Un renouvellement tous les deux mois et demi des filtres à charbon actif en grains est nécessaire pour adsorber les PFAS à chaîne courte et hydrophiles, et ainsi maintenir une concentration inférieure à la limite de qualité. Ce renouvellement très fréquent a un impact financier non négligeable et entraîne des contraintes d’exploitation importantes.
PFAS are one of the most studied chemical substances in recent years, due to their worldwide presence and high stability in the environment. Awareness of the ubiquity and dangerousness of these eternal pollutants has led to the addition of a European drinking water quality limit of 100 ng/L for the sum of 20 PFAS. An initial study was carried out in 2023 on water resources and the main drinking water production plant in the Rennes basin to study the presence of these new contaminants. The results showed very little contamination of water resources, with the exception of a pond used as a back-up during periods of drought. A second study carried out in 2024 confirmed the significant and problematic presence of PFAS, as well as in groundwater, other ponds, rivers and stormwater basins. The main PFAS found among the list of 20 are the smallest and most hydrophilic molecules, which increases their mobility in the environment. They are also degradation by-products of other, larger PFAS. The origin of PFAS is probably linked to the presence of former landfill sites containing waste from the automotive industry and the city of Rennes, as well as proximity to the airport and military barracks. A drinking water plant located near the pond and supplied by 3 wells is also impacted by the presence of PFAS. Grain activated carbon filters need to be renewed every 2.5 months to keep concentrations below the quality limit. The PFAS found are small and hydrophilic, which makes them difficult to adsorb onto the activated carbon. This very frequent renewal has a significant financial impact and entails major operating constraints.
Les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont des composés de synthèse où au moins un atome de carbone est complètement substitué par des atomes de fluor [WANG et al., 2021]. La liaison carbone-fluor possède une énergie de dissociation très élevée, rendant leur dégradation biologique, chimique ou physique très complexe [LEUNG et al., 2023]. Par leurs propriétés amphiphiles et leur stabilité chimique et thermique, les PFAS ont été utilisés massivement depuis le début des années 1970 dans de nombreux domaines industriels (papier, textile, vernis, peintures, produits domestiques, mousse anti-incendie, etc.) [GLÜGE et al., 2020]. Ces applications variées sont autant de sources d’émission de PFAS dans l’environnement à travers diverses voies de diffusion : accidents ou fuites dans les usines de production, eaux usées et boues d’épuration, eau de lixiviation de décharges ou encore fumées d’incinérateurs [CLARA et al., 2008 ; DALMIJN et al., 2024].
L’utilisation massive de ces substances a conduit à une contamination généralisée jusque dans les zones les plus reculées du globe comme en Antarctique ou au Tibet. Extrêmement persistants, les PFAS se retrouvent dans tous les compartiments de l’environnement et peuvent contaminer les populations à travers l’alimentation ou l’eau consommée [COUSINS et al., 2022]. Au vu de l’importante présence des PFAS sur la surface du globe et leur facilité de bioaccumulation et de diffusion dans les différents milieux et organismes [LEWIS et al., 2022], la question de leurs effets a posteriori sur les êtres vivants est devenue primordiale. Les études sur les effets toxicologiques des PFAS sur l’humain sont nombreuses et mettent en évidence une grande diversité d’impacts à gravité plus ou moins forte : altération des fonctions immunitaires et thyroïdiennes, maladies du foie, dysfonctionnement des mécanismes lipidiques et de l’insuline, maladies rénales, effets néfastes sur la reproduction et le développement, cancer [FENTON et al., 2021].
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