Quels usagers derrière les consommations d’eau potable du bassin Seine-Normandie ?
La déclinaison sur le bassin Seine-Normandie du Plan eau, d’actions pour une gestion résiliente et concertée de l’eau, a conduit au vote par le comité de bassin d’un objectif de réduction de 14 % des prélèvements d’eau brute destinée à produire de l’eau potable. Cet objectif, non atteignable par la simple réfection des réseaux ou l’amélioration des rendements hydrauliques des usines de traitement, implique des efforts de la part des différents types d’usagers de l’eau potable. Or aucune base de données nationale ne permet de connaître la part respective des types d’usagers finaux, même par grand type (ménages, agriculture, industries, administrations… ). Sur le terrain, les exploitants sont nombreux et possèdent une connaissance disparate de leurs clients. Ce manque d’information peut entraver l’organisation d’actions efficaces d’économies d’eau. Une approche mêlant statistique et consolidation qualitative a été conduite sur le bassin Seine-Normandie, afin de fournir une base de données spatialisée à l’échelle communale des volumes distribués à chaque usager en 2022. Bien que peu fiable à l’échelle de chaque commune, elle peut permettre, dès le niveau de l’intercommunalité, d’alimenter des stratégies territoriales de sobriété ciblant les principaux usagers. Sur le bassin Seine-Normandie, ce modèle indique qu’environ 71-75 % des volumes d’’eau potable prélevés sont utilisés par les ménages, 10 -11 % par le tertiaire, 10 % par les activités liées à des services publics, 2- 4 % par les industries manufacturières et extractives, 1 % par l’agriculture et moins de 1 % par le tourisme. La consommation moyenne par habitant modélisée vaut 41 m3/hab./an, sous la moyenne nationale (50 m3/hab./an), explicable par un taux d’appartements plus élevé et un climat plus froid. Un outil Excel permet d’accéder aux résultats à l’échelle communale ou intercommunale. La méthode est réplicable sur d’autres territoires français et le rapport méthodologique détaillé est disponible en ligne sur le site de l’agence de l’eau Seine-Normandie.
In April 2023, French President Macron presented the action plan for resilient and concerted water management. One of its objectives is to achieve a 10% water abstraction reduction in France between 2019 and 2030. On the Seine-Normandie water basin, in order to reach that objective, the basin committee passed a specific goal per type of use, including a 14% potable water abstraction reduction. This goal cannot be reached solely by repairing drinking water networks. Direct actions are therefore necessary towards the final users of potable water (households, administrations, firms…). Nonetheless, no national database exists that provides how much each of them uses. Client databases are owned by numerous local operators with unequal levels of knowledge and various classifications. This lack of information can prevent efficient action planification to reduce water abstraction. A hybrid statistical-qualitative conjoined approach is developed to create a database with potable water abstraction per type of user at the municipality level in 2022. Although in some cases unreliable at the level of each municipality, the results can be used at the scale of associations of municipalities and serve as a tool in sufficiency planification workshops. Overall, in the basin, 71-75% of potable water goes to households, 10-11% to retail and services, 10% to public services, 2-4% to manufacturing and extractive industries, 1% to agriculture, and less than 1% to tourism surplus. The mean water consumption per inhabitant can also be deduced. It is equal to 41 m3/pers/year, below the national mean (50 m3/pers/year). This result can be explained because of the high rate of apartments and the northern climate compared to the national average. The method can be replicated in other French territories, and the detailed methodological report is available online on the Seine-Normandy water agency website.
Dans tout l’article, les termes volumes « consommés », « distribués » ou « fournis » sont utilisés indistinctement pour parler du volume d’eau potable arrivant au compteur de l’usager. Les « prélèvements » correspondent à ce qui est prélevé dans le milieu, c’est-à-dire ces volumes auxquels s’additionnent les pertes liées à l’acheminement et à la production d’eau potable.
En 2023, le comité de bassin Seine-Normandie a transcrit, dans sa stratégie d’adaptation au changement climatique, l’objectif du Plan eau (pour une gestion résiliente et concertée de l’eau) de réduction de 10 % des prélèvements d’eau brute entre 2019 et 2030. La répartition de l’effort entre les différents usagers inclut un objectif de réduction de 14 % des prélèvements pour l’alimentation en eau potable [COMITÉ DE BASSIN SEINE-NORMANDIE, 2023]. En 2023 (dernière année disponible), ils ont déjà diminué de 3,5 %. Le chemin restant ne peut être atteint par la seule réfection des réseaux qui, selon l’objectif de rendement fixé, ne permet d’économiser que quelques pour cent moyennant des travaux coûteux. Il est donc nécessaire d’agir en amont de la distribution (usines de traitement, réduction des pollutions) et en aval, auprès des différents consommateurs d’eau potable afin de combler l’écart. Les actions à mener auprès des ménages, commerces, administrations, industries, dépendent notamment de leur part respective dans le total.
Le poids relatif de chacun des grands types d’usagers d’eau potable est généralement inconnu. Les agences de l’eau connaissent, au travers des redevances, les prélèvements d’eau brute en vue de produire de l’eau potable au niveau de l’exploitant assurant la facturation d’eau potable, comme défini par le Code de l’environnement, sans précision sur la répartition entre les usagers. Les quelques exploitants qui détiennent une classification de leurs clients sont confrontés à des problèmes d’identification : comment distinguer un commerce au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation lorsque le compteur est collectif ? La multiplicité des opérateurs rendrait laborieuses la comparaison de ces classifications, la vérification de leur fiabilité, et même leur récupération, si la tentative se voulait exhaustive. D’autres bases de données fournissent certaines indications : l’observatoire des services publics de l’eau et de l’assainissement (Sispea) fournit à l’échelle des exploitants la consommation estimée d’eau potable domestique, mais la donnée est lacunaire et sa fiabilité incertaine, puisque cette classification est plutôt rare en interne [DEQUESNE et PORTELA, 2025]. Le registre français des rejets et des transferts de polluants (IREP 2 ) recense les prélèvements industriels sur réseau supérieurs à 50 000 m3/an. Les informations relatives à l’ensemble des petits préleveurs sont donc manquantes. De plus, la base est déclarative et contient de substantielles erreurs de saisie : en 2022, 160 millions de m3 sont répertoriés comme prélevés sur le réseau par Yara au Havre, alors qu’il s’agit vraisemblablement de prélèvements d’eaux dans le canal maritime du port.
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