L’imagerie par spectrométrie de masse : outil innovant pour la détection des polluants émergents dans les boues municipales traitées

Introduction

Au 1er janvier 2026, la population française est estimée à 69,1 millions d’habitants [INSEE, 2026]. Chaque année, elle produit 7,9·103 m3 d’eaux usées, dont 6,6·103 m3 sont traitées [SATO et al., 2013]. Le traitement des eaux usées avant leur rejet dans l’environnement réduit les risques sanitaires et environnementaux, mais entraîne également la production d’une quantité importante de boues d’épuration. La France produit ainsi environ 1,1 million de tonnes de boues d’épuration par an, se positionnant au deuxième rang européen [EUROPEAN COMMISSION, 2023].

La gestion des boues constitue une part significative des coûts d’exploitation des stations d’épuration pouvant atteindre jusqu’à 50 % du budget total incluant les coûts liés au personnel, à la maintenance, aux besoins énergétiques ainsi qu’à leur traitement et à leur élimination [COLLIVIGNARELLI et al., 2019]. Le coût moyen d’élimination des boues d’épuration dans certains pays de l’Union européenne est estimé entre 160 et 310 € par tonne de matière sèche avec des variations selon les pays et les filières d’élimination ou de valorisation [DOMINI et al., 2022]. L’importance de ces coûts souligne l’intérêt de développer des stratégies de valori – sation de ces déchets [AWASTHI et al., 2022].

L’implémentation de ces stratégies nécessite au préalable l’hygiénisation, le traitement ou la dépollution des boues destinées à être valorisées. Il existe à cet égard différentes techniques de traitement des boues d’épuration telles que la stabilisation alcaline, la digestion aérobie ou anaérobie, le compostage, la déshydratation, la minéralisation ou le traitement thermique (figure 1) [MULDER, 2019]. Ces procédés permettent de réduire la quantité d’agents pathogènes, de diminuer le volume des boues et de limiter leur fermentescibilité [POPOOLA et al., 2023]. Les boues municipales ainsi traitées sont définies par les législations française et européenne dans la directive 86/278/CEE (1986).

Les boues municipales traitées sont riches en matière organique et en éléments nutritifs essentiels à la croissance des plantes (azote, phosphore, potassium, zinc, cuivre), ce qui constitue un intérêt majeur pour l’épandage agricole. Leur utilisation contribue à l’amélioration de la qualité des sols, à réduire l’érosion et à restaurer les terres [LU et al., 2012 ; MARCHUK et al., 2023]. D’autres usages des boues municipales traitées sont également présentés dans la littérature, notamment dans la production d’énergie et de combustibles ou encore dans le domaine du génie civil pour la construction des routes (figure 1) [WANG et al., 2008 ; ELGARAHY et al., 2024].

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