Optimisation de la filtration CAG pour le traitement des eaux usées urbaines
Ronan Guillossou

Bien que les micropolluants fassent l’objet de travaux de recherche depuis une vingtaine d’années, seule la Suisse applique aujourd’hui une réglementation imposant leur traitement dans les eaux résiduaires urbaines (ERU). Néanmoins, c’est en passe de devenir une réalité industrielle dans toute l’Europe avec la nouvelle directive eau résiduaire urbaine votée en 2024 [UE 2024/3019]. Cette dernière s’inspire fortement de la réglementation suisse en vigueur depuis 2016.

Les filières de traitement conventionnelles ont un impact significatif sur les micropolluants organiques bien que variable et insuffisant notamment pour les composés hydrophiles et polaires. Des procédés spécifiques doivent être mis en oeuvre : l’ozonation ou l’adsorption sur charbon actif sont les options technicoéconomiquement viables. L’ozonation est très performante pour éliminer les micropolluants organiques, mais elle génère des sous-produits d’oxydation, ce qui conduit certains pays comme la Suisse à recommander la mise en oeuvre d’un filtre à activité biologique en aval. L’adsorption sur charbon actif en poudre (CAP) est également performante, mais le matériau ne peut pas être régénéré. Enfin le charbon en lit fluidisé est performant, mais ne permet pas de réaliser une filtration efficace de l’eau. La filtration sur charbon actif en grains (CAG) permet de régénérer l’adsorbant, ce qui réduit grandement l’impact environnemental du traitement. Il a récemment été montré que la filtration CAG a un impact environnemental en cycle de vie comparable à l’ozonation réalisée à partir d’air et meilleur que l’ozonation réalisée à partir d’oxygène liquide [IGOS et al., 2021 ; RISCH et al., 2022]. De plus, la filtration CAG permet le développement d’une activité biologique, contrairement au CAP, et une élimination importante des particules, ce qui est intéressant pour le traitement combiné des micropolluants, du phosphore et les matières en suspension (MES). De récents travaux ont montré que les composés adsorbés sur le CAG pouvaient ensuite être biodégradés [BETSHOLTZ et al., 2024]. La filtration CAG pourrait également être un posttraitement intéressant de l’ozonation grâce à l’activité biologique développée en même temps que l’adsorption. Le CAG s’est avéré plus efficace que le filtre à sable pour éliminer les sous-produits générés par l’ozonation dans une application en couplage pour la potabilisation [GULDE et al., 2021]. Son couplage avec l’ozone devrait être davantage étudié, car l’ozone augmente la biodégradabilité de la matière organique, mais les sousproduits sont généralement moins adsorbables que les molécules mères [BETSHOLTZ et al., 2022]. Le CAG pourrait adsorber les composés récalcitrants à l’ozo – nation, et aussi contribuer à la biodégradation des sousproduits d’ozonation. Enfin, la mise en oeuvre du CAG ne produit pas de boues contenant du charbon, sa gestion en est donc facilitée et le charbon peut être régénéré.

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