Optimisation de la filtration CAG pour le traitement des eaux usées urbaines
La filtration par charbon actif en grains (CAG) présente un fort potentiel pour le traitement avancé des eaux usées et la réutilisation des eaux. En combinant les avantages de l’adsorption des micropolluants avec ceux de la filtration des contaminants particulaires (métaux lourds oxydés, microplastiques, pathogènes), cette technologie offre une approche de traitement particulièrement complète. Un nouveau réacteur a été optimisé pour les eaux usées permettant son implémentation directement après le traitement biologique, en maintenant de hautes performances de filtration et d’adsorption. Pour le choix du CAG, huit produits commerciaux ont été testés en laboratoire sur des eaux usées réelles. À l’échelle pilote, des séquences de décolmatage sans perte en eau ont été validées pour maîtriser le colmatage et atteindre des performances proches de celles d’un filtre à sable par rapport à la fréquence des lavages et les pertes en eau. Les séquences de décolmatage ont permis de multiplier la capacité de rétention en matières en suspension (MES) du filtre par un facteur de 4 à 5, avec des cycles de filtration de 20 à 120 heures entre les lavages. Les abattements en micropolluants ont été maintenus et sont comparables aux 16 études à l’échelle pilote disponibles dans la littérature. Une dose spécifique allant de 1,5 à 2,5 g de CAG/g COD (carbone organique dissous) à un temps de contact de 20 min a été déterminée comme nécessaire pour atteindre 80 % d’abattement en fonction des composés choisis. Ces résultats confirment ceux obtenus avec du charbon actif sous forme de poudre ou de CAG à faible granulométrie en lit fluidisé, et valident ainsi l’usage du CAG sous forme de lit en eau usée. De très hauts abattements en MES ont été mesurés en filtration descendante, et l’élimination de l’ammonium, de la DBO5 (demande biochimique en oxygène) et du NTK (azote total Kjeldahl) témoignent d’une activité biologique dans le réacteur. Des abattements significatifs en acide perfluorooctanoïque (PFOA) et acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) et métaux ont également été observés. La filtration et la biosorption expliquent probablement ces hautes performances pour les métaux. Enfin, les indicateurs de contamination fécale et d’antibiorésistance ont été éliminés à hauteur d’1 log en moyenne.
Granular activated carbon (GAC) filtration shows strong potential for advanced wastewater treatment and water reuse. By combining the adsorption of micropollutants with the filtration of particulate contaminants (oxidized heavy metals, microplastics, pathogens), this technology offers a highly comprehensive treatment approach. A new reactor was optimized for wastewater applications, allowing for direct implementation downstream of a biological treatment and maintaining high performance in filtration and adsorption. Concerning the choice of GAC, eight commercial products were tested at laboratory scale using real wastewater matrices. At pilot scale, backwashing sequences without water loss were validated to control clogging and achieve performance levels comparable to sand filters in terms of the duration of filtration cycles and water losses. These sequences increased the suspended solids (TSS) retention capacity by a factor of 4 to 5, with filtration cycles ranging from 20 to 120 hours between backwashes. Micropollutant removal remained stable and consistent with results from 16 pilot-scale studies reported in the literature. A specific dose ranging from 1.5 to 2.5 gGAC/gCOD with a contact time of 20 minutes was established to achieve 80% micropollutant removal, depending on the target compounds. These findings align with results obtained using powdered activated carbon or fine-grain GAC in fluidized beds, thereby validating the use of GAC in fixed-bed configurations for wastewater treatment. Very high TSS removal rates were observed in downflow filtration mode, and the removal of ammonium, BOD5, and TKN indicated biological activity within the reactor. Significant reductions in PFOA, PFOS, and metals were also observed. These high removal efficiencies for metals are likely due to a combination of filtration and biosorption. Finally, fecal contamination and antibiotic resistance indicators were reduced by an average of 1 log.

Bien que les micropolluants fassent l’objet de travaux de recherche depuis une vingtaine d’années, seule la Suisse applique aujourd’hui une réglementation imposant leur traitement dans les eaux résiduaires urbaines (ERU). Néanmoins, c’est en passe de devenir une réalité industrielle dans toute l’Europe avec la nouvelle directive eau résiduaire urbaine votée en 2024 [UE 2024/3019]. Cette dernière s’inspire fortement de la réglementation suisse en vigueur depuis 2016.
Les filières de traitement conventionnelles ont un impact significatif sur les micropolluants organiques bien que variable et insuffisant notamment pour les composés hydrophiles et polaires. Des procédés spécifiques doivent être mis en oeuvre : l’ozonation ou l’adsorption sur charbon actif sont les options technicoéconomiquement viables. L’ozonation est très performante pour éliminer les micropolluants organiques, mais elle génère des sous-produits d’oxydation, ce qui conduit certains pays comme la Suisse à recommander la mise en oeuvre d’un filtre à activité biologique en aval. L’adsorption sur charbon actif en poudre (CAP) est également performante, mais le matériau ne peut pas être régénéré. Enfin le charbon en lit fluidisé est performant, mais ne permet pas de réaliser une filtration efficace de l’eau. La filtration sur charbon actif en grains (CAG) permet de régénérer l’adsorbant, ce qui réduit grandement l’impact environnemental du traitement. Il a récemment été montré que la filtration CAG a un impact environnemental en cycle de vie comparable à l’ozonation réalisée à partir d’air et meilleur que l’ozonation réalisée à partir d’oxygène liquide [IGOS et al., 2021 ; RISCH et al., 2022]. De plus, la filtration CAG permet le développement d’une activité biologique, contrairement au CAP, et une élimination importante des particules, ce qui est intéressant pour le traitement combiné des micropolluants, du phosphore et les matières en suspension (MES). De récents travaux ont montré que les composés adsorbés sur le CAG pouvaient ensuite être biodégradés [BETSHOLTZ et al., 2024]. La filtration CAG pourrait également être un posttraitement intéressant de l’ozonation grâce à l’activité biologique développée en même temps que l’adsorption. Le CAG s’est avéré plus efficace que le filtre à sable pour éliminer les sous-produits générés par l’ozonation dans une application en couplage pour la potabilisation [GULDE et al., 2021]. Son couplage avec l’ozone devrait être davantage étudié, car l’ozone augmente la biodégradabilité de la matière organique, mais les sousproduits sont généralement moins adsorbables que les molécules mères [BETSHOLTZ et al., 2022]. Le CAG pourrait adsorber les composés récalcitrants à l’ozo – nation, et aussi contribuer à la biodégradation des sousproduits d’ozonation. Enfin, la mise en oeuvre du CAG ne produit pas de boues contenant du charbon, sa gestion en est donc facilitée et le charbon peut être régénéré.
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