Cartographie et modélisation de l’érosion hydrique par l’USLE dans le bassin versant de l’oued Isser (Nord-Ouest algérien)
Le bassin versant de l’oued Isser (1 140 km², wilaya de Tlemcen) alimente le barrage El Izdihar, dont la pérennité est menacée par un envasement progressif lié à une érosion hydrique intense. Pour quantifier et spatialiser ce risque, l’Équation Universelle des Pertes en Sol (USLE) a été appliquée en environnement SIG (service d’information géographique). Le facteur d’érosivité R, non calculable directement faute de données d’intensité des pluies, a été estimé par la formulation de Renard et Freimund (1994). Les facteurs d’érodibilité (K), topographique (LS), de couverture végétale (C) et de pratiques anti-érosives (P) ont été déterminés à partir de données pédologiques, cartographiques et satellitaires. La perte annuelle moyenne en sol s’élève à 233,2 t·ha–¹·an–¹ (23 320 t·km–²·an–¹), valeur élevée reflétant la conjonction d’un relief vigoureux, d’une agressivité climatique contrastée et d’une couverture végétale inégalement protectrice. Rapportée à la dégradation spécifique mesurée à l’exutoire (152,31 t·km–²·an-¹ sur 1987–2011), cette estimation correspond à un ratio de délivrance sédimentaire apparent de 0,65 %, très inférieur à la valeur théorique de 19,6 % attendue pour un bassin de cette taille, ce qui suggère un stockage sédimentaire intermédiaire important dans le bassin plutôt qu’une invalidation du modèle. La carte produite constitue néanmoins un outil d’aide à la décision pour la conservation des sols et la gestion durable du barrage.
The Oued Isser watershed (1,140 km², Tlemcen province) feeds the El Izdihar dam, whose sustainability is threatened by progressive silting linked to intense water erosion. To quantify and spatialize this risk, the Universal Soil Loss Equation (USLE) was applied within a GIS environment. The rainfall erosivity factor R, which could not be calculated directly due to the lack of rainfall intensity data, was estimated using the Renard and Freimund (1994) formulation. The erodibility (K), topographic (LS), vegetation cover (C) and anti-erosion practices (P) factors were determined from pedological, cartographic and satellite data. The average annual soil loss amounts to 233.2 t·ha–¹·year–¹ (23,320 t·km–²·year–¹), a high value reflecting the combination of rugged topography, contrasting climatic aggressiveness, and unevenly protective vegetation cover. Relative to the specific degradation measured at the outlet (152.31 t·km–²·year–¹ over 1987–2011), this estimate corresponds to an apparent sediment yield ratio of 0.65%, which is much lower than the theoretical value of 19.6% expected for a watershed of this size, suggesting substantial intermediate sediment storage within the watershed rather than a failure of the model. The resulting map nevertheless serves as a decisionmaking tool for soil conservation and the sustainable management of the dam.

Introduction
Le transport des matériaux solides est un défi majeur dans les pays du Maghreb, et l’Algérie n’échappe pas à cette réalité. REMINI et al. [2009] estiment que près de 65 millions de m³ de sédiments s’accumulent chaque année dans les retenues algériennes, réduisant progressivement leur capacité de stockage et compromettant leur durabilité. Dans le Nord-Ouest du pays, cette problématique est amplifiée par un contexte morphoclimatique particulièrement défavorable : relief contrasté, précipitations irrégulières mais souvent intenses, et couverture végétale fragilisée par des décennies de pression anthropique. Les travaux pionniers de DEMMAK [1982] puis ceux de TERFOUS et al. [2001], BOUANANI [2004], MEGNOUNIF [2007], KAZI-TANI [2019] et KAZI-TANI et al. [2020] en ont apporté la démonstration successive, bassin après bassin.
Face à ce constat, cartographier l’érosion hydrique n’est pas un exercice académique : c’est un préalable concret à toute politique de conservation des sols. Depuis les travaux fondateurs de WISCHMEIER et SMITH [1960, 1978], l’Équation Universelle des Pertes en Sol (USLE) s’est imposée comme la méthode de référence en milieu méditerranéen. Les études se sont multipliées au Maroc [SADIKI et al., 2004 ; EL GAROUANI et al., 2005 ; RAISSOUNI et al., 2016], en Tunisie [MASSON, 1970 ; BEN GHAZI, 2012 ; JEBARI et al., 2012 ; KHEMIRI et JEBARI, 2021] et en Algérie [ROOSE et al., 1993 ; MORSLI et al., 2004 ; ROOSE et al., 2012 ; BOUGHALEM, 2013 ; KACI et al., 2017]. Couplée à un SIG (service d’infor – mation géographique), l’USLE permet de franchir l’échelle parcellaire et de produire une représentation spatialisée du risque à l’échelle du bassin versant, ce qui en fait un outil de planification à part entière.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la présente étude, appliquée au bassin versant de l’oued Isser qui alimente le barrage El Izdihar (Sidi Abdelli), ouvrage stratégique pour l’approvisionnement en eau de plusieurs wilayas du Nord-Ouest algérien. Le travail poursuit deux objectifs complémentaires. Le premier est méthodologique : montrer comment adapter l’USLE à un contexte où les données d’intensité pluviométrique font défaut, en recourant à la formulation de RENARD et FREIMUND [1994]. Le second est opérationnel : produire une carte des pertes en sol à l’échelle du bassin, identifier les zones prioritaires d’intervention et confronter les résultats aux mesures hydro-sédimentaires disponibles sur la période 1987–2011.
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