TSM - Techniques Sciences Méthodes - page 1

TSM numéro 7/8 - 2016 - 111
e
année
9
politiques publiques) ou bien
particulier (par exemple les ten-
sions autour de la réalisation
d’un projet de restauration)
selon des angles de vue diffé-
rents et ainsi fonctionner par cu-
mulativité des savoirs. Pour au-
tant, cette interdisciplinarité
fonctionnelle n’est pas contra-
dictoire avec le principe d’unité
qui caractérise ces sciences.
L’apport des sciences
explicatives
L’ensemble des disciplines qui
composent les SHS ont en effet
pour point commun d’être des
sciences explicatives. Leur but est
de déconstruire ce qui est fait ou
proposé pour retracer le proces-
sus et ainsi identifier les pro-
blèmes et leurs variables explica-
tives. De ce fait, elles ne rentrent
pas en concurrence avec les
approches dites «techniques»
(hydrologie, agronomie...). Arti-
culéesàelles, elles lescomplètent
et les alimentent en apportant un
regarddifférent pour notamment :
• appréhender et éclairer des
situationsparticulières(ex:manque
de légitimitéd’unporteurdeprojet,
conflits d’usages, perceptions dif-
férenciées des acteurs) ;
• rendre ces situations intelli-
gibles en liant des phénomènes
entre eux et en inscrivant le pro-
blème considéré dans un contexte
plus global (ex : un problème
localisé peut s’expliquer par un
défaut d’articulation entre poli-
tiques publiques ne pouvant être
résolu qu’à l’échelle nationale) ;
• éviter certains prérequis (ex :
ce n’est pas parce que personne
ne s'oppose à mon projet, qu’il
est accepté et qu’est exclu tout
risque de blocage) ;
• relativiser et accompagner la ré-
solutiondeproblèmes endonnant
des éclaircissements utiles pour
repenser le problème et relancer
des dynamiques (le conflit n’est
pas considéré en SHS comme
étant nécessairement négatif. Il
peut aider à repenser les choses
et à faire différemment).
Pour illustrer cela, prenons
l’exemple de l’apport des SHS
l’accompagnement d’un pro-
gramme d’action sur une aire
d’alimentation de captages. Il
n’est pas peu fréquent d’entendre
du côté des porteurs de projet
« je ne comprends pas pourquoi
je suis confrontée à un blocage.
J’ai pourtant bien mobilisée tous
les acteurs du territoire». Or,
lorsque sous l’angle d’une ana-
lyse SHS on s’intéresse de plus
près aux acteurs qui ont été
mobilisés, on peut parfois s’aper-
cevoir que ce qui est entendu par
«tous les acteurs du territoire»
ne correspond en réalité :
1. qu’aux acteurs concernés par
I
N T E R D I S C I P L I N A R I T É
L’apport des SHS à la gestion de l’eau
Qu'est-ce que les sciences humaines et sociales, comment fonctionnent-elles, comment les
mobiliser, que peut-on en attendre ?
Vie de l’Astee
L
es politiques de l'eau, parce
que se sont justement des
politiques, s’inscrivent dans un
ordre sociétal. Elles ne peuvent
donc pas être appréhendées que
sous l’angle de leur dimension
technique. Les enjeux humains
et sociaux qui leurs sont liés jus-
tifient la prise en compte de leur
dimension sociale, juridique,
culturelle, historique, écono-
mique et politique. Les sciences
humaines et sociales (SHS),
dont c’est justement la vocation,
disposent d’un outillage scienti-
fique rigoureux qui en accom-
pagne la prise en compte.
Ces sciences, souvent réduites à
tort à la sociologie et à l’écono-
mie, recouvrent toutes les disci-
plines (philosophie, science po-
litique, économie, géographie,
sciences du langage, histoire,
psychologie, sociologie, anthro-
pologie, ethnologie, sciences ju-
ridiques, etc) qui s’intéressent
aux relations que les Hommes
établissent entre eux, que ce soit
d’une manière directe ou indi-
recte, par l’intermédiaire des
institutions, des coutumes et
des règles, de l’art, du langage…
et aux relations qu’ils tissent
avec leur environnement. Cette
interdisciplinarité leur permet
de saisir un objet général (par
exemple les politiques de l’eau
et leur articulation avec d’autres
1 2,3,4
Powered by FlippingBook